- début 1990 : coup d'envoi du développement de la swatchmobile. En collaboration avec l'école d'ingénieurs de Bienne, le groupe SMH (rebaptisé depuis en Swatch Group).
- été 1991 : SMH et Volkswagen annoncent la création de SMH-Volkswagen S.A. La voiture de la ville "pour deux passagers et deux caisses de bière" devait sortir en 1995/1996.
- Janvier 1993 : Volkswagen se désengage du projet. Le groupe allemand explique son retrait de la diminution de ses investissements. La séparation se fait "dans la douleur mais sans colère", précise Nicolas Hayek. General Motors a également été sollicité pour le projet mais n'y a pas répondu favorablement.
- Janvier 1994 : le maire de Paris, Jacques Chirac, est en visite privé chez Nicolas Hayek relançant les spéculations sur le futur partenaire de SMH. Le nom du groupe français Matra Hachette est cité. SMH ne commente pas.
- Mars 1994 : Mercedes-Benz annonce la création d'une société commune avec le groupe SMH sous le nom de Micro Compact Car S.A. (MCC) confirmant la rumeur qui courrait depuis un mois. Le début de la production est annoncé pour 1997. Deux études de Mercedes proches de la future Swatchmobile sont présentées : 2,5 m de long pour 1,4 à 1,5 m de large, deux places et un espace de rangement pour les achats.
- Juin 1994 : MCC aura son siège à Bienne annoncent les responsables de Mercedes et de la SMH. La coentreprise est détenue à 51 % par le groupe allemand et 49 % par le groupe horloger suisse.
- automne 1994 : lutte pour l'obtention du site de fabrication de la future petite voiture bat son plein. Politiciens et syndicats entrent en jeu, notamment en Allemagne. En Suisse, les autorités de Biennes font l'impossible pour obtenir le site d'assemblage de la voiture chez elles. Il est reproché aux responsables de la promotion économique de s'être occupé trop tard de ces questions.
- Novembre 1994 : après maintes spéculations, MCC annonce que la Suisse n'a aucune chance de décrocher le site de production. SMH annonce parallélement la création, les prochaines années, de 1 000 à 1 400 emplois dans la région Bienne-Neuchâtel, via la sous-traitance.
- 20 Décembre 1995 : Mercedes annonce la production en série de la Swatchmobile. Celle-ci devra être produite dans différentes versions : avec moteur diesel, électrique, ou hybride sur le site de Hambach.
- 17 Mai 1995 : la petite voiture prend le nom de "Smart Swatch Car". Elle apparaîtra sur le marché début 1998.
- 21 Juin 1996 : selon Mercedes et SMH, la livraison des premiers modèles démarrera Mai 1998. La production doit commencer en 1997.
- Septembre 1997 : SMH (producteur de Swatch) a ramené sa participation dans MCC de 49 % à 19 %. MCC Ag devient alors contrôlé à 81 % par Daimler Benz et 19 % par SMH.
- 27 Octobre 1997 : Inauguration par le président de la République française, Jacques Chirac, le chancelier allemand Helmut Kohl, et le représentant de la Confédération helvétique, Flavio Cotti.
- Décembre 1997 : SMH a réduit sa participation dans MCC France de 37 à 14,25 %. La participation de Mercedes-Benz dans MCC France passe à 60,75 % contre 38 % précédemment.
- 18 Décembre 1997 : la smart rate le test de la "baïonnette" ou test de l'"élan". Le lancement est repoussé de six mois. Un violent coup de volant à droite immédiatement suivi d'un violent coup de volant à gauche : le test vise à tout faire pour déstabiliser une voiture (d'origine Scandinave, il se justifie par le fait qu'il faut pouvoir éviter les élans qui surgissent parfois au milieu de la forêt) : Et, la smart s'est renversée lors du test de l'élan qu'elle a subi en Espagne.
- 2 Octobre 1998 : la smart est mise en vente en Europe. MCC a renforcé la sécurité : le châssis est plus bas et le véhicule bénéficie d'un système de stabilisation.
- 4 Novembre 1998 : Le groupe Swatch cède au constructeur allemand sa participation de 19 % qu'il détenait dans MCC. A l'annonce de son retrait de MCC, l'action du groupe Swatch a fait un bond de 7,52 %, progression supérieure à la moyenne enregistrée par le marché. Outre les 19 % dans MCC Ag, Swatch Group cède aussi ses 14,25 % dans le capital de MCC France. Daimler-Benz en détient désormais 75 % aux côtés de Sofirem qui maintient sa participation à 25 %. Sofirem est une société semi-publique française, filiale des Charbonnages de France, spécialisée dans le financement de la reconversion industrielle des bassins miniers.
- 12 Novembre 1998 : Naissance officielle du groupe DaimlerChrysler.
La smart a été présentée pour la première fois au 87ième salon de l'automobile de Francfort en Septembre 1997. La Smart a ensuite été revue et corrigée pour faire face à des situations extrêmes qui avaient été mises en évidences au cours des ultimes tests de mise au point du véhicule. Le prototype de la nouvelle smart a été présenté au salon internationale de l'automobile à Genève du 3 au 15 Mars 1998. Une version définitive de la smart, issue de la production en série, a été présentée ensuite au salon automobile de Paris.
L'esprit Hayek à l'épreuve du feu
Revue de presse avant commercialisation
La Smart a sévèrement sélectionné la sous-traitance (La Tribune Desfossés du 27 octobre 1997). Un article à contre - courant qui montre que Smart n'a pas forcément fait que des cadeaux aux sous traitants de la région, provoquant un effet modeste sur l'emploi chez ces derniers. La Smart, le pari fou de Mercedes (Le Point du 18 octobre 1997). Un article qui narre l'histoire controversée de la petite voiture. On voit bien en fait que ce qui était au début un vilain petit canard commence aujourd'hui à séduire : Jacques Calvet et Louis Schweitzer ont passé une demi heure à ses commandes au Salonde de Francfort de sept. 97. Côté réservations, on en a enregistré 14 000 pendant ce salon et également 300 en un jour lors du salon de Lyon qui s'est déroulé début octobre 97 La Smart, c'est renversant ! (L'Automobile Magazine n°608 de février 97). "Difficile de concilier des voies étroites et un centre de gravité situé haut. Les essayeurs de la Smart l'ont vérifié lors de tests de tenue de route à proximité de Stuttgart. La petite citadine conçue par MCC (Mercedes-Swatch) n'en est certes qu'au stade du prototype. Johann Tomforde, chef du projet, souligne en outre que l'exercice s'est déroulé avec des pneus surgonflés et une suspension rigidifiée. Il n'empêche : ses techniciens ont disposé des stabilisateurs sur la carrosserie, façon vélo d'enfant. Chat échaudé...". Smart : un pari à 55000 F (L'Automobile Magazine n°605 de novembre 96). " 'L'usine sort de terre, nous avançons à pas de géant et j'ai déjà 35000 commandes' claironne Nicolas Hayek, Pdg de Swatch. 'Cette voiture à deux places sera trop chère et va tout droit à l'échec', murmurent les concurrents, parmi lesquels Ferdinand Piëch, président de VW. A 13 mois de la production en série, la Smart suscite une belle controverse. (...) Elle dispose de séduisants atouts. A commencer par sa compacité - un mètre de moins que la Twingo - et son équipement (qui intégrera Airbag, ABS, boîte automatique, vitres électriques et verrouillage centralisé) pour un premier prix de 55000 F.". L'article parle également du mode de distribution, de la cible, des travaux de l'usine d'Hambach... La Smart finira-t-elle à la casse ? (Courrier International n°307 du 19.09.96, tiré du journal suisse Bilan). La Smart, annoncée pour le printemps 98, est devenue le vilain petit canard de l'industrie automobile. D'une part, dans un sondage publié en avril 1996 par le magazine allemand Auto Build, près de 2/3 des personnes interrogées - des automobilistes agés de 18 à 64 ans - ont avoué ne vouloir en aucun cas s'encombrer d'un tel véhicule. Pas assez de place, coffre trop petit, confort laissant à désirer, manque de sécurité. Quant au dernier tiers, il exige à raison de 82% de pouvoir disposer de 4 places au moins. D'autre part, Mercedes Benz lui aussi est maintenant réticent au projet, car ce n'est qu'une mininiche et la Smart pourrait choquer certains acheteurs de Mercedes (la Smart n'aura pas le droit de porter l'étoile mais le lien est maintenant fait dans la tête des gens). Enfin, les doutes existent au niveau même de MCC : les collaborateurs des équipes Marketing, installées à Bienne (Suisse), proviennent de 13 pays différents, travaillent dans une hiérarchie plate et communiquent sans façon. Smart, une autre façon de faire des voitures (L'Usine Nouvelle n°2517 du 28.09.95). Pour refaire avec la Smart le coup de la Swatch, SMH et Mercedes sont condamnés à l'originalité, dans le concept même du véhicule, dans les relations avec les fournisseurs, dans l'organisation des études de la production.
Comme le montre l'article, ces étapes seront dures à passer et donc facteurs de retard. En ce qui concerne le concept, la Smart est relativement classique ("prenez une Twingo. Coupez la en deux. Vous avez une Smart", commente méchamment un ingénieur de Renault), mais le plus résidera certainement au niveau du marketing. Ainsi, à l'instar de la Swatch, la Smart sera tout autant un concept qu'un produit. MCC va essayer de vendre une "nouvelle mobilité", une prestation globale et des services. Par exemple, le possesseur d'une Smart aura droit à des formules originales de leasing, réparations en moins de 2 heures, offres de locations de berlines complémentaires à tarifs préférentiels... L'originalité a cependant un prix, en termes de décisions : alors que c'est Swatch qui dominait le projet au début (elle amenait un projet tout ficelé), le constructeur allemand a imposé le site de Hambach, proche de ses bases allemandes et immergé au coeur d'une zone riche en équipementiers et sous-traitants, alors que Swatch aurait, dit-on, préféré le site de La Rochelle.
En fait, la plus grande originalité (et les causes de retard) viennent du caractère hyperpartenarial de l'organisation adoptée, tant pour la phase projet que pour la période ultérieure de production. En effet, la plupart des fournisseurs sont intégrés dans le processus de fabrication et d'industrialisation : ils devront non seulement amener leurs composants en juste à temps, mais effectuer eux mêmes le montage sur chaîne, avec ou sans l'assistance du personnel du constructeur."Swatchmobile":la plus petite voiture du monde (Auto-Plus n°287 de mars 94).L'article relate le mariage du siècle entre Swatch et Mercedes. On y apprende les premiers noms donnés à la Swatch-mobile et d'autres infos complètement obsolètes aujourd'hui (le journal pense que la Smart coûterait autour de 40000 F !!. Sinon, la voiture se décline en 2 versions : un cabriolet, l'Eco-Speedster (toit rigide démontable en qques secondes, cadre renforcé du pare-brise et imposant arceau arrière pour protéger les passagres en cas de tonneau), et un coupé, l'Eco-Sprinter (toit recouvert de cellules solaires qui fournissent en permanence le courant nécessaire à la ventilation de l'habitacle). La Swatch-mobile à l'heure des essais (Auto-Plus n°225 de janvier 93). Cet article, sous-titré "Utopie ou vision d'avenir", montre ce qui est le premier prototype de la Swatch-mobile. On y apprende notamment qu'elle sera commercialisée à partir de 1995 et que le prix de vente est fixé à un maximum de 50000 F, ce qui est là aussi devenu obsolète.
La Swatch Mercedes (Auto Plus du 22 au 28.04.97)
L'article relate quelles seront les différentes formules de commercialisation de la Swatchmobile :
1° formule : 55 000 F, l'achat classique. A partir du printemps 1998, il sera possible d'acheter la Smart à crédit ou au comptant. Il en coûtera alors 55 000 F environ pour le modèle de base. Ce prix non définitif est celui qu'avancent les responsables commerciaux de MCC. D'ici là, la Smart à essence recevra le renfort de versions diesel et hybride (électrique-diesel). Chaque modèle pourra être décliné en 'coupé', comme le modèle d'origine doté d'un toit fixe en verre transparent ; ou, à partir de 1999, en 'cabriolet'. Le tout constituera une gamme dont les prix s'échelonneront de 55 000 jusqu'à plus de 80 000 F.
2°formule : 1 500 F par mois, 1 Smart + 1 autre voiture. A priori, la Smart s'adresse aux célibataires et couples sans enfant circulant exclusivement en zone urbaine. sont aussi concernés les familles en mesure d'acquérir plusieurs voitures. petit marché ! MCC propose une formule susceptible d'intéresser un public plus large. En effet, il s'avère que la grande majorité du temps, les automobilistes citadins circulent, seuls ou à deux, à moins de 20 km/h de moyenne sur des trajets n'excédant pas 10 kms. Mais pour quelques jours par an (vacances et week-ends), ils investissent dans un modèle capable de transporter 5 personnes sur des centaines de kms. résultat, en moyenne, les français dépensent 40 000 F par an pour cette voiture. C'est pourquoi les promoteurs de la Smart, en collaboration avec des sociétés de location, développent le concept "mobilité globale". Cette formule consiste en une mise à disposition permanente de la Smart, assortie de la possibilité d'utiliser une trentaine de jours par an, d'autres véhicules, monospace ou cabriolet par exemple. Ce servcice serait proposé à partir de 1500 F par mois.
3°formule : 1 200 F par mois, la location 'tout compris'. La location avec option d'achat (LOA). Premier acte : versement d'un dépôt de garantie égal à la valeur de rachat présumée du véhicule à la fin du contrat de location. Deuxième acte : versement d'un loyer mensuel permettant de disposer du véhicule choisi pendant 3, 4 ou plus souvent 5 ans. Troisième acte : à la fin de cette période, soit la voiture vous appartient soit vous la restituez et vous récupérez votre dépôt de garantie. Pour un particulier, cette formule est généralement moins intéressante qu'un crédit classique. Elle offre néanmoins l'avantage d'englober le coût de l'assurance et de l'entretien courant. Un bon moyen, pour ceux qui disposent de revenus stables, de planifier leur budget automobile à long terme. La seule variable reste le coût du carburant. En outre, cette formule"tout compris" permet éventuellement du s'affranchir du problème de la revente. Le service marketing de MCC espère proposer cette formule moyennant des mensualités minimales de l'ordre de 1 200 F.L'hasardeux théorème de la voiture de ville (Le Figaro du 24.07.97). L'auteur de l'article s'attarde en détail sur les différentes facettes de la voiture : de l'architecture intérieure et extérieure en passant par le mode de commercialisation et la motorisation. A noter cette petite pique : "Pour d'obscures raisons de sécurité, les sièges ont une forme particulière qui empêche l'inclinaison du dossier, car le volant ne se règle pas en hauteur". Auto Plus (1°quinzaine d'octobre 97) Cet article fait suite au salon de l'automobile de Francfort où la Smart, que le journal rebaptise le "bonbon", a fait une très forte impression. L'élément le plus important est sans doute le fait que cette petite voture sème le doute chez tous les grands généralistes : faut-il, oui ou non, concevoir une rivale à cette puce des villes? Carlos Ghosn, le numéro 2 de Renault n'a pas hésité à confirmer à Francfort "qu'il fallait attendre l'épreuve du marché. S'ils réussissent, nous serons obligés de suivre!"